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On croit rêver

Vous pouvez, si vous le souhaitez, déposer un petit mot dans ce livre d'or. Laissez moi vos impressions, vos observations au sujet de ce blog... Merci !
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Zouz'story etc par Solènewrote:
Ma façon à moi de dire à mes amis que je pense à eux
@ très vite mon Nico qui manque à moi
3 hours ago
Coucou Nico ! Tu as passé un bon week-end ? Je te souhaite de passer une excellente semaine, et pour commencer une bonne journée de lundi.
Merci pour tes derniers commentaires, j'repars sur Nantes, mais ça m'empêchera de passer ici dès que possible
Bisous, et à très bientôt !
Solène
4 days ago
Bon dimanche le pote de moi que j'aime
Bisous
à plus
SO
June 21
Eh Nico, va voir là (j'ai mis ton article à l'honneur)
Bisous jtd
June 20
Hello hello ! Je vais quand même pas laisser passer cette journée de vendredi sans venir te souhaiter un bon, que dis-je un excellent ouik-end
Gros gros bisous mon Nico, et amuse-toi bien  (de temps en temps, il faut savoir oublier ses soucis)
à très vite
SO
June 19

Windows Media Player

June 26

Hommage au KING de la pop

  
Envoyé par hushhush112
 
 De l’oeuvre musical de Mickael Jackson, la planète retiendra sans doute pendant longtemps son clip Thriller. 27 ans après sa première diffusion, le clip n’a pas pris une ride. La chanson non plus. Le court-métrage musical est resté une référence dans l’univers musical : autant par sa durée que par sa qualité technique. La première diffusion de Thriller s’est faîte en direct depuis une émission de Michel Drucker... Réalisée par John Landis, la vidéo de quatorze minutes révolutionne tout simplement l’histoire du clip. Thriller est l’une des premières vidéos d’un noir américain à rentrer sur MTV. 
 
  Source : www.linfo.re/Thriller-le-clip-musical-le-plus-vu-de-l-histoire
 
Nb: Le rire guttural qu'on entend à la toute fin du clip est celui de Vincent Price, acteur de films d'horreur.
 
  Pas la plus connue de l'album Bad, mais un son qui déchire grave ! Le solo de gratte puissant est signé Steve Stevens, guitariste de Billy Idol. Au cours de sa carrière, Michael a su s'adjoindre les services de quelques guitaristes chevronnés dont Eddie Van Halen pour le titre Beat it  (l'album Thriller).
 
 
 
 Sur l'album Bad (1987) Lors de ce clip, Michael Jackson innove grâce à de nombreux nouveaux pas de danse. On y retrouve l'acteur Joe Pesci, ainsi que Sean Lennon (fils de John Lennon) qui était enfant à l'époque. Ce clip est donc au centre du film Moonwalker qui regroupe quelques uns des clip les plus fameux de MJ. Mis en scène dans le ranch de Neverland, il est truffé d'effets spéciaux et montre le combat du chanteur contre un parrain de la drogue joué par Joe Pesci (L'arme fatale).
 
Source: fr.wikipedia.org/wiki/Moonwalker
 
 
Sur l'album Dangerous (1991)

Le Dangerous World Tour est une tournée de Michael Jackson qui a commencé le 27 juin 1992 et s'est terminée le 11 novembre 1993. Michael Jackson reprit la route pour une tournée mondiale qui le transporta aux quatre coins du monde. La tournée a réuni près de 3,5 millions de personnes à travers 69 concerts. Ce fut la plus grosse tournée faite par un artiste solo, jusqu'à ce qu'elle soit battue par le HIStory World Tour.

Tous les bénéfices du Dangerous World Tour ont été versés à des organisations caritatives, dont celle de Michael Jackson, Heal The World foundation.

source :fr.wikipedia.org/wiki/Dangerous_World_Tour

 
La chanson phare de l'album Dangerous.

 Message d’égalité et de tolérance, elle est marquée par la prestation de Slash de Guns N' Roses à la guitare. Pendant la séquence de morphing dans le clip, on peut voir Tyra Banks, mannequin et comédienne américaine quand elle était jeune. On retrouve également Slash dans Give In To Me.Les vidéos accompagnant les singles de l'album comprennent une galaxie de stars : Michael Jordan (Jam), Naomi Campbell (In The Closet), Eddie Murphy, Magic Johnson et Iman (Remember The Time), et Macaulay Culkin le héros de Maman j'ai raté l'avion pour ce single.

source : fr.wikipedia.org/wiki/Dangerous_(album)

 

Parmi les meilleurs sites retenus par Célébrités sélection:

http://www.mjclub30s.net
Langue: Français
Descriptif du site: Forum français sur Michael Jackson et la black music, discussions passionnées sur la légende.

 

Michael jackson The New King
URL: http://www.mjtnk.fr.fm
Commentaires: LE site sur Michael Jackson

Michael Jackson & Friends
URL: http://www.michaelfriends.fr.fm
Celebrite: Michael Jackson
Langue: Français
 Site non-officiel sur le King Of Pop: Michael Jackson, la personne la plus connue au monde, le chanteur, danseur, compositeur au talent incomparable

 Le blog d'un ami, grand fan de Michael
June 21

roman livre 2 (14)

 

Sirène enclenchée, les chevaliers sur leur destrier de métal foncèrent à pleins gaz dans la ligne droite de l’avenue. Le suspect fût rapidement à leur portée. Le motard de tête entreprît un dépassement. Arrivé à l’avant du véhicule, il tourna la tête de côté. Il s’attendait à tout sauf sans doute à ne trouver personne aux commandes de l’engin. Et il n’y avait effectivement aucun chauffeur. Était-ce cela le plus déconcertant, ou l’ours en peluche débonnaire assis sur le tableau de bord avec une grenouille au sourire simiesque à ses côtés? La stupeur le fît descendre de vitesse, inconsciemment.

« Qu’est ce qui se passe ? lui demanda son collègue en le voyant presque rendu à l’arrêt..

Il ne répondit rien et accéléra de nouveau. Voulant croire à un mensonge de ses yeux, la fatigue ajoutée à la nuit pouvant jouer des tours, il doubla à nouveau la camionnette pour se stabiliser à hauteur du conducteur. C’était toujours la même vision ! Des voitures en face obligèrent le motard à se rabattre presto devant le fourgon. Son coéquipier et lui s’étaient déployés en escorte, prévenant du danger, à l’arrière comme à l’avant, d’un pin-pon retentissant.

«Accélère! activa Orsie espérant que de cette façon pouvoir se défaire de la patrouille.

-Je fais ce que je peux, et j’ai des crampes ! protesta Spikey, le responsable des pédales. »

-Je te remplace, proposa Sly »

Orsie vit se présenter une intersection. L’occasion s’offrait, sinon de semer ces enquiquineurs, du moins de les surprendre. A son top très précis, Barny tourna à gauche. S’ensuivit toute une série de manquements au code de la route, du non usage du clignotant au non respect de la signalisation tricolore qui eût valu une amputation de points de permis au Bizur à supposer que ce dernier eût possédé le fameux papier rose.

Une voiture surgie de la droite pila juste à temps. Elle était suivie par une autre qui freina hélas trop tardivement. Malgré la rudesse du choc, le bilan se limita à de la tôle froissée. Un motard s’arrêta prendre des nouvelles des passagers, laissant son collègue seul en charge de la poursuite. A deux cents mètres en bas de la rue en sens unique prise par les Goozmes, quelques berlines étaient arrêtées au rouge.

« On est bloqué ! paniqua Orsie en voyant la file.

-Ca passe à droite ! estima Froggie.

-Ah non, ça passera pas !

-Ah, commence pas à être négatif ! »

Les automobilistes assistèrent médusés à l’inauguration d’une troisième voie de circulation sur le trottoir. L’ouragan carrossé emporta sur son passage toute une série de rétros de bagnoles mais surtout les quelques tables en plastique à la terrasse d’un bar PMU. Heureusement, en cette saison frisquette, les consommations se prenaient à l’intérieur. Par chance également, le trottoir était presque désert à cette heure. Presque, car s’y trouvait quand même quelqu'un, plus précisément un vieil homme, le dos usé pour avoir passé sa vie plié en deux, mais pas parce que sa vie était drôle. Sa main tordue par les rhumatismes était fébrilement cramponnée à une canne de bois qui heurtait le sol goudronné à une cadence lente mais régulière.

«Ah, te voilà, je t’attendais, dit-il résigné à la mort qu’il vit arriver sur lui, à tombeau ouvert. J’aurais voulu que tu m’emportes dans mon lit, mais puisqu'il en a été décidé ainsi!. C’est la société qui va être soulagée. Il paraît que je lui coûte cher. Odile, ma caille, j’arrive ! »

Il se sentit tout à coup tiré vers la droite. L'engin infernal passa à quelques centimètres de sa vénérable personne, dans un souffle d'air. Quelques secondes lui furent nécessaires pour reprendre ses esprits et réaliser qu'il n'était pas dans les bras de la Faucheuse mais d'un courageux jeune homme. Ce dernier , qui se  trouvait sur l'autre rive, s'était précipité pour le pousser in extrémis hors de la trajectoire du fourgon.

"Ca va monsieur? lui demanda t'il en posant ses mains sur ses épaules fatiguées.

-Odile m'attendra encore un peu, répondit le vieillard dans un demi sourire.

(à suivre)


June 14

les aventures d'un sac plastique

 

Cette semaine pas grand chose à raconter, mais pas grand chose c'est encore mieux que rien.

Il était une fois, dans un proche royaume où l'air pur n'était plus que souvenir, vivait un sac plastique qui se plaisait à voyager. Il aimait voir du pays lorsque poussé par le vent, il traversait les bois et les champs. Cette escapade n'était pas sans danger pour lui car sa trajectoire dont il n'était pas maître pouvait à tout moment le jeter contre une branche d'arbre à laquelle il resterait accroché, pire encore contre un grillage, et les jours de très fortes rafales, l'envoyer tout en haut d'un clocher d'église. Quand tombait la nuit en même temps que retombait le vent, le sac plastique arrêtait sa course sur un talus en attendant la prochaine occasion de s'envoler à nouveau pour de nouvelles aventures. Jusqu'au jour où une violente tempête d'abattit sur le pays, et que porté par les éléments déchaînés, il vole, vola, tant et si bien qu'il échoua sur une place en plein Paris. Un flot incessant de véhicules disséminait aux quatre coins de l'arrondissement les exquises senteurs carboniques de leur pot d'échappement. Soudain, le sac plastique vit arriver avec effroi un camion de la voirie. Le malheureux allait être capturé, puis recyclé !

"O Vent, aide moi de ton souffle à m'échapper de ce terrible endroit ! implora t'il le dieu Eole.

Mais le dieu Eole aspirait au repos après s'être époumoné pendant deux jours sur tout le pays. Sourd aux supplications du film polyéthylène, il ne consentit pas même à la moindre brise. Ainsi s'achève cette courte histoire, pas si triste si l'on y réfléchit, car le sac plastique fût recyclé et connut une deuxième vie. 

Voilà pour le petit quart d'heure écolo...


June 08

roman livre 2 (12)

               

                              

Bouvard serrait le volant comme un rapace sa proie. Il n’y avait pas que ses phalanges crispées qu’il faisait blanchir, son passager également. Ce dernier vit défiler l’hôpital sur l’avenue Bartholdi, comme un film en accéléré. 90 km au compteur ! A cette allure, tous les deux risquaient de devoir repasser par ici, cette fois à bord d'une ambulance du SAMU.

«Ralentis, merde ! Enfin quoi, tu veux nous planter ? protesta le copilote en se cramponnant à sa ceinture de sécurité. »

Si le pilote fît mine d’avoir reçu le message, dans les faits, sa ligne de conduite resta la même. Mais Daniel n’avait aucune envie de mourir pour des cobayes de laboratoire. D'autant que lui ne voulait qu'une chose, le fourgon. Les flics étaient, à son sens, les plus habilités à le lui ramener, à savoir ensuite dans quel état. Pourquoi dans ce cas là n'était-il pas resté auprès de son collègue et de l'agent de sécurité à attendre leur arrivée ? Simplement, Bouvard et lui s'étaient donnés l'espoir de rattraper le véhicule avant que le pire ne se produise. Or la situation avait pris une tournure fâcheuse dès l'instant où les Goozmes étaient sortis de la zone de l'université pour descendre en direction de la ville. Daniel s'était départi de son flegme de départ. Le trafic allait se densifier à l'approche du centre, et il n'osait imaginer le potentiel dévastateur d'une camionnette aux prises de pareils dangers publics.

Une masse blanche se dressa, arrêtée au milieu de la chaussée. La lumière d'un réverbère à proximité se reflétait par touches orangées sur la carrosserie et le pare-brise arrière. Un couple se tenait sur le trottoir, regardant en direction de l'habitacle.

« C'est eux ! exulta Bouvard. »

Ce dernier s'attendit à ne trouver plus personne à bord, imaginant que les deux passants s'étaient interrogés de voir un fourgon abandonnée sur la chaussée. Daniel et lui étaient loin de penser que le chauffeur avait juste voulu demander sa direction.

Quelques secondes plus tard, le stagiaire du professeur Beaumont, le même dont la maladresse avait déjà coûté la vie à plusieurs éprouvettes, le même à s'être enfui à toutes jambes du laboratoire après s'être entendu dire des mots d'amour par Sly, ce même stagiaire engageait une course poursuite avec un break qui, à son approche, avait mis les gaz.

Bouvard n'était plus tout à fait pareil une fois devant un volant. Le petit homme effacé, aux gestes gauche, laissait place un chauffeur audacieux, à la conduite nerveuse et assurée, façonnée par l'expérience du rallye qu'il pratiquait depuis deux ans en amateur. Il avait quelque chose à prouver. L’opportunité lui était offerte de se rattraper de son numéro de poule mouillée. Il était déterminé à ramener les créatures au bercail… Déterminé mais pas fou non plus au point d’entreprendre des actions inconsidérées comme tenter une interception avec la Golf. La solution était encore de suivre la camionnette à la trace, aussi longtemps qu'il le faudrait. Il y avait un trésor inestimable à bord et il n'était pas disposé à le lâcher.

  «Lève le pied, tu vas nous foutre dedans! » gueula son passager en voyant l’écart avec le fourgon se rétrécir comme peau de chagrin.

Si ce dernier freinait, à cette vitesse c’était la compote de tôle assurée ! Daniel en était sûr maintenant. Etre monté dans cette bagnole avait été sa seconde erreur de la journée après celle d’avoir acheté un taille bordure électrique au Jardiplus de La Millesse. L’article s’était avéré défectueux. Il était revenu au magasin en demandant si vendre un coupe bordure qui ne coupe pas, ce n’était pas se foutre du client sur les bords… des bords qu’il taillerait au sécateur finalement.

« Un rond point ! s’écria t’il soudain. Freine ! »

La Golf ralentit, mais pas le deuxième véhicule.

 7

Orsie regarda le reflet des phares dans le rétroviseur. On eût dit une paire d’yeux aveuglants et fixes. Cette voiture était certes importune, mais elle savait bien se tenir devant une dame, contrairement à toutes les autres croisées dans l’autre sens qui lui avaient fait de l’œil avec insistance.

«Bravo, on a tout gagné à s’arrêter demander notre chemin! commenta Sly avec ironie. On n’est pas plus avancés, et maintenant on nous colle au train ! »

Sa remarque s’adressait en premier lieu à Orsie qui avait lancé l’idée. Mais Froggie se sentit visée au même titre. Le Commandant sous entendait à ses yeux que son coup de la Caméra Cachée avait été un échec. Or son orgueil lui interdisait de laisser passer une telle insinuation à propos d’un numéro qui, le pensait-elle avec sa modestie légendaire, portait les marques d’un génie, son génie!

«Dis donc, ça marchait très bien jusqu’à ce que ces imbéciles ne déboulent ! Avec mon stratagème, les deux humains nous auraient donné la direction ! »

Froggie ne regrettait pas les heures passées devant la télévision dans le salon aux heures où la maison était déserte. Comme un téléspectateur ordinaire, elle s’était goinfrée de programmes qu’elle avait oubliée l’heure d’après, à quelques notables exceptions près parmi lesquelle la Caméra Cachée.

Une structure de forme circulaire se dessina en bout de route. Orsie écarquilla ses mirettes qu’un épais pelage avalait presque en totalité. Devant lui venait de surgir quelque chose que nul Goozmes en dehors des Espions n’avait encore jamais vu. Un aménagement qui se rencontrait nulle part ailleurs dans notre univers… un carrefour giratoire ! Le Bizur ignorait donc comment prendre le terre plein central. Par la gauche ou par la droite ? La vitesse à laquelle roulait la camionnette lui laissa très peu de temps pour décider. Finalement il contourna le problème mais pas l'ilôt fleuri qu'il escalada sans vergogne, assassinant le beau parterre de dalhias cactus et de roses anglaises au passage de ses roues délicates. Le bolide redescendit sans douceur du terre plein et poursuivit toujours tout droit sa progression.

"Pilotez doucement! Faut que je le dise en quelle langue?" s'enerva Sly qui commençait à avoir mal au coeur.

-Ben dans ta langue, ça m'étonnerait bien que t'en connaisses d'autres ! le chambra Froggie

-Surveille la tienne de langue, si tu veux pas que je te l'attrape et te fasse un double noeud avec! rétorqua le Commandant."

Mais l'heure n'était pas aux querelles. Si couper un rond point en diagonale était déjà culotté en temps normal, le faire sous le nez des policiers passait pour de la provocation pire et simple. Or le fatalité voulut que, ce soir là, deux pattrouilleurs à moto se trouvaient en faction à la sortie de gauche du carrefour. En mission de contrôle d'alcoolémie, ces derniers assistèrent à la cascade en première loge. Le fourgon n'était pas encore revenu sur le macadam qu'ils enfourchaient déjà leur deux-roues. Ils n'allaient sûrement pas laisser filer un poisson aussi exceptionnel. Ils ne se doutaient pas jusqu'à quel point celui ci l'était, et sans doute pas pour la raison qu'ils imaginaient.

"Les flics ! gémit Bouvard en voyant les motos partir en trombe. Manquait plus qu'eux!

-Tant mieux que les voilà ! dit Daniel. Je vais peut être pouvoir espérer récupérer le camion !"

                           (à suivre)

 
May 25

roman livre 2 (11)

 
       résumé de l'épisode précédent
      A des années lumières du Mans où les Goozmes sont au coeur d'une course poursuite, Vincent, le frère de Jérémy, est convié à une soirée chez son ami Fred. Une soirée qui se veut décisive...
 

         

          "Chouettes les étoiles..."  

            Il l’avait arrachée à sa contemplation. Elle sourit en le regardant. Mais Vincent savait reconnaître un vrai sourire d'une contrefaçon. L’eau pétillante de son regard d'un bleu liquide, dont il goûtait encore les bulles quelques minutes plus tôt s’était muée en une eau plate, sans saveur. La fatigue et une certaine anxiété avaient fait s’évaporer tout le gaz.

            «Oui, dommage qu’il y ait les lumières de la ville, déplora-elle en relevant la tête en direction de la voûte étoilée. » 

            Ils se trouvaient chez leur ami Fred, seuls tous les deux, à côté du potager. Près d’une rangée de salade, des plants de citrouille promettaient de luxueux carrosses, à condition de les arroser régulièrement d’imagination. Dans un coin de la pelouse qui couvrait presque tout l'arrière de la maison, une balançoire déprimait, baignée par la lumière anémique de la lune, . A quand la dernière fois où quelqu’un l’avait honoré de son séant et fait grincer joliment de tous ses rouages, en s’offrant cette sensation enivrante de s’envoler vers les nuages ? Le jeune frère de Fred avait passé des heures à fendre l’air avec, jusqu’à s’en lasser et la délaisser pour d’autres distractions. Sans doute devait-elle encore faire la joie des petits cousins de passage. Mais le reste du temps ?

          Les nuages de la récente averse s'étaient en partie dispersés. Le ciel s’était découvert jusqu’aux limites de la décence, exposant ses étoiles à la vue de tous. L'une d'elles brillait d'un éclat particulier. Cet astre, seul dans un coin du firmament, renvoya à Vincent plus  qu'une lueur, l'image d’Alice qui, au milieu d'une soirée, s'exilait sans explication. Le jeune homme aurait pu ne pas s'en soucier, et attendre son retour dans le garage à Fred où tout le monde riait et dansait sur des tubes dance floor. Or, il était allé la rejoindre, pris d'un espoir un peu insensé. L'espoir que ce pouvait être elle qui l'attendait.

          "Le gros point brillant là, c'est la Polaire, dit-il sur un ton affirmatif en pointant l'astre du doigt.

          -Ah non, tu te trompes, répondit la jeune fille. La Polaire est dans la Petite Casserole.

            Elle pivota sur ses talons de sorte à se retrouver face à la rue.

            "Si je dis pas de bêtises, le nord est par là, assura  t'elle. C'est dans cette direction qu'est la Petite Casserole.

            -Sûrement, c'est par là qu'est la cuisine à Fred. On devrait la trouver sur le feu!

            -N’importe quoi, Vinc' le gronda Alice avec un sourire."

            Il avait voulu faire son malin sans penser à l’éventualité qu’elle pouvait s’y connaître en astronomie. Toutes les fois qu’il se trouvait bête, et dieu sait s’il avait vécu de grands moments de solitude, il cherchait une issue de secours dans l’humour. Le visage d’Alice s’était illuminé à sa blague vaseuse, consolation à sa piètre performance d'astronome. Tout de suite après, la belle avait recouvré sa concentration. Vincent fût frappé du sérieux avec laquelle elle scrutait le ciel, à la recherche de la Petite Ourse. Son visage se fermait comme en cours de philo, lorsqu’elle buvait les paroles du professeur et que lui, assis à quelques mètres derrière elle, s’abreuvait de sa beauté.  Elle était sa source secrète.       

         «On ne verra rien d'ici, soupira Alice. Les lumières de la rue polluent le ciel.

         -Ah, ces lampadaires, vraiment ! s'exclama Vincent en essayant de se donner un air indigné. Mais dis moi, je savais pas que tu t'intéressais à l'astronomie!"

            Et combien d'autres choses sur toi que j'ignore?

         "Ca me passionne depuis que je suis toute petite. Je fais partie d'un club à Hesloup.          

         -Vraiment? Tu sais que mon petit frère est très branché espace? Pour te dire, il s'imagine que les bestioles qu'ont été attrapées dans notre garage viennent d'une autre planète!

      -C'est incroyable cette histoire! reconnut l'adolescente, rebondissant sur un sujet qui avait été au cœur des conversations en début de soirée. Mais le plus fou c'est que les flics aient refusé de vous laisser approcher ces créatures!

      -Oui, c'est bizarre, admit le jeune homme tandis que tous deux commençaient à marcher sans but sur la pelouse."

    La pluie tombée une bonne partie de l'après-midi avait rafraîchi le fond de l'air. Un vent léger faisait onduler le pull beige léger qu'Alice portait avec élégance. Gentiment canaille, il mettait un peu de désordre dans sa longue tignasse blonde. Vincent sentit la peau nue de ses avant bras s'hérisser de chair de poule. Sur le coup il n'aurait sur dire si c'était la sensation de froid ou quelque chose d’autre, de bien plus fort monté du plus profond de son corps.

      «Qui sait si ton petit frère n’a pas raison ? Les flics nous cachent peut-être quelque chose.

     -Maisoooon ! croassa t’il en pointant l’index en direction du ciel. »

    Elle s’esclaffa, et il trouva ça flatteur car il n’aimait rien tant que la faire rire avec ses singeries. Passant devant la balançoire rouge, il ne pût résister à l’envie de s'y arrêter. L’humidité était en train de faire son œuvre sur le bois du siège rongé par endroits.

     «Alors comme ça tu nous plantes en pleine soirée pour les beaux yeux du ciel, la taquina t'il tandis qu'il s'asseyait sur la nacelle.

     -Je prenais juste le frais. Mais j'aurais bien besoin d'un voyage là haut qui me fasse oublier mes soucis.

     -Tes soucis? répéta son camarade sans espérer obtenir beaucoup plus de détails."

     Alice était de ces natures qui se livraient au compte goutte, et pas au premier venu. Or dès lors qu’après s'être s'installée à son tour sur l'escarpolette, elle se laissa aller à lui parler, Vincent eût la conviction inédite qu’à ses yeux il n’était pas tout à fait n’importe qui. Il était un ami qui ne savait finalement rien d'elle, et à qui elle venait d'entrouvrir pour la première fois la porte de son âme.

      "Je voudrais faire une fac de lettres après le bac. J'ai choisi cette matière en option, et  ça me plait vraiment. Mon père ne veut pas comprendre ça ! Il veut que je fasse un BTS marketing. Pour lui il n'y a aucun avenir dans les lettres. On s’est encore engueulé à ce propos tout à l’heure.

      - Il n’a pas à décider pour toi ! Fais ce que t'as envie de faire, pas ce qu'il a envie que tu fasses.

      -Je sais. Il faut que je t'avoue une chose, tu vas me trouver bête, mais j'ai peur de me confronter au marché et ses lois ! Tu dois te demander pourquoi j'ai pris la filière éco. Ca m'attirait. Mais plus maintenant. Je sens que ce n'est pas fait pour moi.

     -C'est vrai qu'à penser, tout ce système ça fait flipper

     - On vit dans un monde de dingue, non? Mais je te dis ça et d'ici quelques années peut être que je serai au service de ce marché, parce qu'on n'aura pas voulu de moi dans une bibliothèque. Je t'ai pas dit que je rêverais de faire des lectures aux enfants?

     - Je suis convaincu que tu ferais une super lectrice."

         Elle lui décocha un sourire, celui là même qui avait le don de faire chavirer son cœur. L'esquif palpitant dans sa poitrine s'était déjà retourné à des dizaines de reprises à cause de ce soleil qu'elle faisait naître dans sa bouche. Il avait à chaque fois grand mal à le redresser pour lui faire reprendre son cap. Il surmonta néanmoins.

       "Je me fais aucun souci pour toi, lui assura t'il en posant une main légère sur la sienne. Tu as des supers notes partout. Tu te feras ouvrir toutes les portes.

        -Merci, murmura-t'elle timidement. Mais toi, tu ne m'as pas dit ce que tu avais envie de faire."

            Dans l'immédiat, t'embrasser. Dans le futur, j'en sais trop rien.

         -Je pense à manager d'entreprise. Pour n'avoir rien d'autre à faire que rabâcher le même mot à longueur de temps. Du chiffre ! Du chiffre !"

            Il s'était voulu drôle, mais son trait d'humour tristement cynique tomba à plat.

            "C'est drôle, reprit t'elle, le regard dans le vide. Il y a deux minutes on regardait vers le passé, et maintenant on parle d'avenir.

            -Vers le passé? répéta le jeune homme sur un ton réclamant des éclaircissements.

            -Quand tu observes les étoiles, tu regardes vers le passé. Pour la plupart, leur lumière a fait un sacré voyage pour nous parvenir. Tu les vois telles qu'elles étaient il y a des millions d'années. Certaines sont peut-être déjà éteintes depuis très longtemps.

          - C'est ouf!"

           Du garage où leur parvenait la musique, s'élevèrent les premières notes reconnaissables entre mille d'un succès de Foreigner. Le chanteur commença à pousser sa goualante, de sa voix rocailleuse, réclamant de connaître l'amour. Vincent se rendit compte alors qu'il avait gardé sa main posée sur celle de la jeune fille. Il la retira immédiatement, intimidé par ces échos romantiques qui portaient jusqu'ici, et se balança en sifflotant d'un air détaché.

         "Tu veux danser? lui demanda-t-il, mine de rien, entre deux sifflotements.

         -Euh... Excuse moi Vinc', mais je n'ai pas très envie pour le moment."

         Ca semblait assez clair. Il encaissa la frustration en serrant les dents. Ok, reste dans ton coin, si c'est ce que tu veux!

            "Bon, très bien, dit-il sans rien laisser paraître, en se levant de la balançoire. Je retourne voir les autres.

            -Ok, je vous rejoins tout de suite."

            Il partait déjà d'un pas tranquille, fier au dehors, piteux au dedans, houspillé par sa petite voix intérieure. Cette dernière, comme souvent, ne mâchait pas ses mots. Pauvre nouille! Elle n'attend pas que tu l'invites à danser, c'est à la portée de n'importe quel boutonneux ça! Non, elle veut t'entendre vider ton sac ! Sois pas dupe, elle sait! Elle attend que tu fasses le premier pas.

            -On se casse souvent  la gueule au premier pas!

            -C'est à force de se casser la gueule qu'on arrive à quelque chose.

            -Non mais c'est mort là !  Si elle n'a pas envie de danser avec moi, c'est pas la peine d'aller plus loin.

            -Ose, bon dieu!  T'as rien à perdre ! A se demander comment t'as déjà pu sortir avec Coralie!

            -C'est elle qu'est venue vers moi, je te rappelle.

            Ah, si tout pouvait toujours se passer dans ce sens! Il aperçut une silhouette postée à un angle de la maison. Il reconnût Ben, un camarade de classe, occupé à fumer. Le bout de sa cigarette luisait dans la nuit comme une luciole chargée de nicotine. Une pensée l'envahit qui lui fît l'effet d'une décharge dans tout le corps. L'idée que ce gars ne traînait pas là par hasard. Ces derniers temps, Ben lui avait semblé se rapprocher d'Alice. Il repensa aux paroles de Vanessa quand, au moment de partir de la maison pour aller chez Fred, elle l'avait pris entre quatre yeux dans le hall et lancé ce commandement.

            "Ce soir, tu attaques avec Alice !

            -Alice? avait-il répété en feignant de ne pas comprendre.

            -Ca va, arrête ton numéro, je suis au courant. Alors, tu vas te bouger ce soir? »

             Il se rappelait l’avoir rembarré aussi sec.

            -C'est bon, occupe toi de tes fesses ! C’est mon problème!

            -Comme tu veux. Mais t’imagine pas qu’elle attendra 107 ans que tu te décides, ta Cendrillon !"

           Au fond de lui, même si sa fierté de mâle lui interdisait de le lui avouer, il devait donner raison à sa sœur. Arrivait toujours un moment où se posait un choix : entre passer à la formule offensive ou céder le terrain à plus hardi que soi. Non, il ne ferait pas ce plaisir à Ben !

        Il retourna vers la balançoire. Son cœur avait monté en accélération dans sa poitrine, à clouer sur place le plus véloce des bolides. Heureusement que le moteur tenait le coup! Quand il arriva vers elle, il pria pour ne pas bafouiller.

      "Alice, il faut que je te parle vraiment.

       - Que tu me parles vraiment? reprit-elle en l'invitant à dérouler sa pensée."

       Il était au pied du mur. Il était trop tard à présent pour reculer.

          -Te parler de... de... (prenant une profonde inspiration) de ce que je peux ressentir... au fond de moi. "

        Elle esquissa une moue perplexe, comme si ses dernières paroles étaient de l'hébreu.

         -Ou tu veux en venir Vinc'? »

         Mais son petit doigt lui disait qu'elle avait fort bien compris.

            "Voilà...  Je... enfin, tu..., balbutia t'il en se balançant fébrilement d'un pied sur l'autre.... »

           Il était persuadé qu'elle entendait palpiter son cœur. Selon lui, les battements devaient même porter jusqu’au garage et couvrir la sono !

           " Tu me plais... beaucoup. Je ne vais pas te faire de grandes phrases, j'en serais incapable, je te dis les mots comme ils me viennent."

            Le visage d’Alice s’empourpra en un clin d’œil. Son soupirant alla puiser dans ses entrailles ce qui lui restait encore de courage à cet instant pour mener à son terme sa confession.

            "Tu m’as plu depuis le premier jour. Et plus j'ai appris à te connaître, plus ce que je pouvais ressentir est devenu puissant."

             Il déchiffra dans les yeux de l'adolescente de l'embarras et quelque chose comme de la peine pour le mal qu'elle était sur le point de lui faire.

            "Mais tu ne me connais pas vraiment, Vincent. Comme tu l'as dit, on ne s'est encore jamais parlé vraiment.

             -Je sais, mais je pense qu'il n'est jamais trop tard pour s'apprendre tous les deux." 

             Elle eut un soupir. Les yeux dans le vide, elle mesurait ce qu'elle allait répondre. Et puis elle raccrocha son regard au sien, et les mots tombèrent de ses lèvres délicates, tranchants comme un verdict.

            "Je veux bien qu'on apprenne à mieux se connaître, mais comme des amis. Seulement des amis. Tu comprends?"

            Sa réponse lui fît l'effet d'une balle de 22 long rifle tirée à bout portant dans le cœur. A cette nuance que celui-ci survécut à l'impact. Il continua à battre en dépit de cette cruelle blessure.

           "Tu... tu ressens rien pour moi? demanda t'il d'une voix étranglée.

            -Non, je suis désolée…Je t'aime bien, tu es quelqu'un qui a beaucoup de qualités... Mais je t'ai toujours vu comme un bon ami... un ami à qui je peux parler, comme j'ai pu le faire ce soir."

             Elle regardait au sol à présent. C'était peut être mieux ainsi. L'herbe ça ne prenait pas l'air accablé, ça ne vous rendait pas coupable d'un chagrin d'amour à travers des yeux humides de désillusion, ça ne vous provoquait pas des remords.

            "Tu te réserves pour quelqu'un?

            - Non...  Pour personne pour l'instant"

            Alors il souleva délicatement son menton pour approcher ton visage du sien.

            "Alors, si un bon ami à toi t'invitait à danser, est-ce que tu accepterais?"

           L'ombre d'un sourire passa sur le visage de Vincent, comme la promesse d'un soleil qui n'était pas tout à fait éteint dans son coeur.

May 22

satellite

 

 Un titre péchu des années 80

May 12

roman livre 2 (10)

 

Athos, rendu au chevet de Jo, s’évertua en vain à le faire revenir à lui par force claques sur le museau. Si son corps était là, il n’en était pas de même de son esprit, évanoui dans cette dimension onirique que le plus parfait des sommeils donne à offrir. Le petit rongeur explorait les profondeurs de son propre inconscient jusqu’à un point qu’il n’avait jamais atteint, peut-être même jamais rêvé d’atteindre. Remonterait-il un jour à la surface ? Petit Prof frémit à l'idée que son ami pût ne pas se remettre des doses sédatives administrées par Beaumont.

"Jo m’inquiète! dit-t-il, désemparé, une patte bienveillante posée sur son ventre gonflé par une perfusion d'un hectolitre litre d'eau dans l'estomac

-Depuis quand ça t'inquiète de voir Jo dormir ? Il a toujours fait que ça ! répondit Sly qui était en train de se battre avec une carte routière dénichée dans la boîte à gants.

Des paris lancés par Froggie donnaient le plan gagnant à 2 contre 1. La grenouille était pliée de voir le Bizur s'énerver sur l’accordéon Michelin qu'il avait peine à déplier. A se demander s’il avait déjà manipulé une carte, lui qui avait pourtant censé être en charge d’opérations commandos sur Goozmes, pour le compte des Forces Armées ! Quand, au prix de bien des efforts, il eût fini d’étaler Le Mans sur le siège passager toujours ouaté d’une fine couche de mousse d’extincteur, il se heurta à un autre problème, et pas des moindres. Pas plus qu’aucun autre passager, il n’avait jamais appris à déchiffrer un plan de ville terrestre.

« Ah, j’y comprends rien ! capitula t’il au bout d’une minute.

Il jeta la carte avec irritation, comme un gamin agacé par un jouet qu’il n’arriverait pas à faire fonctionner.

« T’as perdu, Barny, allonge les 10 Rondors! réclama la bookmaker

-J’ai rien sur moi, tu devras attendre qu’on revienne sur Goozmes ! répondit l’infortuné qui avait placé sa mise sur Sly.

-Tu veux me faire marron ou quoi ? Si on revient pas, je pourrai m’asseoir sur mon blé! »

Le fait qu'on eût pu parier sur son échec écorcha l'orgueil du Commandant. Ce dernier, qui avait pour principe de ne jamais s’avouer vaincu, se replongea dans le plan du Mans, résolu s’y retrouver dans ce dédale de rues au format 1/50 000°. Lorsque Barny fît part d’un autre moyen plus simple et sans doute plus audacieux pour trouver sa route.

Main dans la main, un jeune couple descendait l’avenue Bartholdi, en direction du centre ville. Lui, jean baggy, veste kaki, tignasse blonde anarchique que nul peigne n’avait encore probablement maté, réglait son pas sur celui de sa copine dont la chevelure brune frisait naturel tandis que la mini jupe en cuir frisait l’inconvenance. La fraîcheur du soir d’octobre était tombée sur les frêles épaules dénudées de la jeune fille, mais la chaleur de sa main dans la sienne annulait cette sensation thermique. Elle avait mal dans ses chaussures à talons, peu adaptées pour la longue distance, mais elle était rendue à un tel amour pour lui qu’elle l’eût suivi avec, jusqu’au bout du monde.

«J’ai mal aux pieds, Romain ! Arrête-toi !

-Et voilà ! Qu’est-ce que je t’avais dit avant de partir, Chloé ? Met pas ces grolles là ! Et comme d’hab’, tu m’écoutes pas !

-T’as qu’à avoir le permis aussi ! La marche ça va bien deux minutes ! »

Le couple oublia sa dispute sitôt qu’un fourgon utilitaire eût freiné à sa hauteur, dans un crissement de pneus. Une décharge de peur secoua immédiatement Chloé. Un terrible instant, elle crût à une tentative d’enlèvement. Elle lâcha la main de son compagnon pour s’agripper à son corps, s’y enrouler comme une liane autour d’un baobab. Romain n’en imposait certes pas autant que le géant des savanes, mais il en avait la sève qui coulait dans ses veines. Si un pervers s'avisait à descendre de ce véhicule pour salir sa copine de ses mains lubriques, il ferait marcher son assurance dentaire, si tant qu'il en avait une. Le trafic sur l'avenue étant réduit à cette heure de la soirée, il ne devait chercher aucun secours chez les automobilistes.

Le bahut roulait sans éclairage alors que la nuit avait commencé sa journée. Sur son flanc, figurait le nom d'une société de nettoyage industriel. Ou celle-ci comptait des pochtrons parmi ses agents de service ou la camionnette était tombée entre les mains d'un voleur tout aussi imbibé. Le jeune homme en était là dans ses supputations quand la vitre côté passager s’abaissa.

La lumière du lampadaire éclaira un visage dans l’habitacle. Non celui d’un chauffeur beurré comme comme un P'tit Lu ou d’un prédateur au sourire salace mais, ô surprise, celui d’un ours ! Pas un vrai, mais une imitation au format compagnon de nuit des enfants! La peluche dédia un sourire malicieux aux amoureux médusés qui se demandèrent, pour le coup, s'ils étaient eux même tout à fait nets.

"Bonsoir messieurs dames ! " salua l'ours, fort urbain.

Chloé sursauta en laissant s'échapper un petit glapissement. Romain sentit ses bras enserrer plus fortement sa taille.

" Nous cherchons une direction. "

Il s'avança vers la camionnette, mu par une curiosité des plus ardentes. Comme sa compagne essayait de le retenir, il posa une main sur son épaule, lui signifiant qu'il contrôlait la situation. Sous ses apparences flegmatiques, dans son for intérieur, méfiance et excitation se livraient bataille. Mais aucun n'avait encore pris le dessus sur l'autre.

"Y a quelqu'un là dessous? demanda t'il en s'approchant.

Une grenouille aux airs de Kermit du Muppet Show, émergea sa tête de batracien au dessus de la vitre baissée pour annoncer sur un ton enjoué.

"Hé hé, vous avez été piégé! C'était pour la Caméra cachée!"

Le couple marqua un air hébété avant d'esquisser un petit rire crispé. Chloé chercha des yeux la caméra vicieuse qui l'avait violée dans toute l'intimité de sa peur. Elle se trouvait un peu bête à présent, quelque part même honteuse d'avoir sursauté d’effroi à la vue de vulgaires peluches animées. Comme si elle avait pu penser un seul instant que ce pouvait être vivant !

«C’est le système des marionnettes ? Y a quelqu’un qu’est planqué sous les sièges ? Vous pouvez me montrer ? demanda Romain, fasciné.

- Impossible, répondit le batracien. Sinon il n'y aurait plus de magie!

-Je suis d’accord là dessus, reconnut sa copine qui avait renoncé à débusquer le présumé objectif et arrangeait discrètement ses cheveux.

-Prolongeons le jeu pour le plaisir des téléspectateurs ! proposa la grenouille. Je vais vous demander une direction et vous allez me renseigner comme si j’étais un chauffeur ordinaire. Nous cherchons Chambord. Attention, il y a un cadeau à la clé !"

Le jeune homme soupira d'embarras. On avait pas idée de poser des colles pareilles à des passants !

"Chambord, Chambord, réfléchit t'il... (se tournant vers sa copine) Tu sais par où il faut prendre, toi?

-Oh, ben moi ! répondit cette dernière en haussant les épaules en signe d'ignorance.

- Vous n'avez pas une carte routière?"

Il entendit fourrager dans la boîte à gants de la camionnette. Deux plans, dont l'un qui était déplié et bouchonné, furent balancés à travers la fenêtre ouverte. Il rattrapa la France au vol, mais pas le Mans qui s'étala piteusement sur le trottoir.

"Alors voyons... Le Mans c'est là, localisa t'il sur l'hexagone, à la lumière diffuse d'un réverbère. Et Chambord...

-Ca doit être par là! chercha Chloé en promenant un doigt sur le Loir et Cher.

Ils virent alors arriver, de la même direction que la camionnette, une Golf blanche, conduite sportivement. Celle-ci pila au niveau du premier véhicule dans un crissement de pneus. Tout se passa tellement vite que le jeune couple n'eût guère le temps de comprendre.

"Faut s'arracher !" sonna la grenouille en disparaissant à l'intérieur de l'habitacle.

Le fourgon s'ébranla dans un vrombissement, clouant la Golf sur la ligne de départ. Il y avait deux passagers à bord de cette dernière que le couple eût le temps de distinguer très rapidement. Parmi eux, se trouvait un homme en blouse blanche, visage juvénile, cheveux moutonnant, qui leur rendit un regard avant un passage brutal en première. Les jeunes promeneurs regardèrent la voiture disparaître sur l'avenue, dans un nuage de fumée, lancée à la poursuite de la Renault Trafic. Un rodéo sauvage tout à fait insolite venait de débuter.

"Qu'est- ce que c'est que ce bordel? s'exclama Romain, incrédule.

Chloé n'y comprenait pas plus que lui, mais elle était surtout très déçue.

-Et notre cadeau alors?"

                 (à suivre)
April 26

roman livre 2 (9)

 

4

Le moteur montrait des signes de fatigue. Comme un saxophoniste suspendu à une note infinie et à qui les couleurs de l'apoplexie monteraient au visage, il devait reprendre son souffle. Froggie comprit qu'il était temps de passer la troisième.

Deux jours auparavant, au fait de sa passion pour la mécanique, Jérémy lui avait prêté le manuel de conduite de Vincent. Elle n’avait porté aucun intérêt aux explications du code de la route, se concentrant exclusivement sur la partie relative à la composition d’un moteur de berline et à la procédure pour le mettre en marche. Après la théorie, était arrivée l'heure de la pratique. Froggie prenait maintenant toute la mesure du fossé qui séparait les deux étapes. A l’échelle d’un insecte de son espèce, celui-ci prenait des dimensions de gouffre.

« Tu relâches doucement la pédale de gauche en pressant celle de droite ! C’est pourtant pas compliqué ! s’énerva-t-elle sur Sly en même temps qu'elle malmenait la boîte de transmission.

-C'est ce que je fais, nom d'un Bougouze ! lui soutint le Commandant qui n’appréciait que modérément de se faire parler sur ce ton.

Après deux minutes passées à torturer le levier encore maculé de neige carbonique, Froggie trouva enfin la troisième. Seulement, le changement de vitesse intervenait trop tard, à l’approche d’un boulevard courant perpendiculairement à la route du campus. De sa situation, la Marafrogue ne pouvait avoir idée du péril imminent qui se dessinait à l’horizon.

De son poste d'observation, sur le tableau de bord, Athos aperçut une silhouette figée au bord de la chaussée. Celle d'un hexagone à fond rouge frappé de l'injonction STOP. Il faudra plus qu'un panneau pour nous arrêter, pensa Petit Prof. Devant lui, en face de l’avenue, se tenait en retrait une pharmacie. S’attendait-il à la voir s’ouvrir sur son passage, comme la Mer Rouge à l'arrivée de Moïse? C’était à se demander en voyant le bolide conserver son cap et couper l’avenue, en trombe, bien partie pour jouer au bélier. Cette folie, à vrai dire, n'était pas à mettre sur le compte d'un aveuglement mystique, encore moins d'une pulsion suicidaire, mais d'une mauvaise observation. Athos s'était inventé un prolongement de route de l’autre côté du boulevard. Aux reflets verts de la croix de l’enseigne sur le pare brise, il réalisa un peu tard qu’il expédiait tout son monde droit dans le mur.

« Freine ! »

Froggie profita de ce moment opportun pour tester une alternative au freinage à pédale. Elle tira le frein à main de toute la puissance de ses pattes. Un miaulement de pneus déchira le silence du soir. Le fourgon, entré à une allure fracassante sur le parking du commerce, exécuta un début de tête à queue qui le repositionna parallèlement à l’avenue. Emporté dans son élan, il entama une glissade latérale sur plusieurs mètres avant de s’immobiliser à un demi-mètre de la devanture bardée d’un rideau de fer.

Ce dérapage magistral s’était imprimé sur le goudron en une longue traînée sinueuse, noire comme la suie. Un arôme de gomme brûlée se répandit dans l’air humide. A bord, le Prof respirait à nouveau. Le pire avait été évité, et c’était l’essentiel même s’il se trouvait toujours des grincheux pour récriminer à la première occasion.

«Tu dors ou quoi ? le gronda Sly, monté se rendre compte du point d’échouage de la goélette. Tu étais censé surveiller la route !

-Qui a eu la bonne idée de confier ce rôle au seul myope d’entre nous? intervint Froggie dont il suffisait de suivre le regard pour être renseigné.

Le Commandant admit n’avoir pas fait un choix judicieux, regrettable attribution de poste qu’il imputa à la précipitation du départ.

« Spikey, tu remplaces Athos à la vigie ! ordonna-t-il. Orsie, tu me remplaces aux pédales, j’ai des courbatures. »

Le moteur rugit de toute la puissance de ses cylindres. Pour autant, le carrosse restait cloué sur place. Ses pneus tournèrent dans le vide, déplaçant des masses d’air comme un ventilateur, jusqu’à ce que Froggie eût la judicieuse idée de desserrer le frein à main. Suspendu aux indications de la Sentinelle, Barny manœuvra la barque jusqu’à la sortie du parking.

Le van se réinséra sur le boulevard en faisant peu de cas des règles de priorité en vigueur. Une voiture qui survenait sur sa gauche, lui asséna des coups de klaxons rageurs. Son seul occupant avait dû son salut à sa vigilance et surtout à un bon système de freinage. En se penchant à sa vitre pour fustiger le chauffard d'un index tendu bien haut, l'automobiliste fût pour le moins décontenancé de ne découvrir personne dans l'habitacle. Du moins personne d'humain, car il crût surprendre dans la lueur des phares une bouille authentiquement canine. Un toutou au volant !

"J'ai pas vu de chien, j'ai pas vu de chien, j'ai pas vu de chien, se répéta t'il en poursuivant sa route"

                                          (la suite prochainement)

April 14

Qui veut gagner des millions

 

«Elle avait je crois, surtout besoin de vibrer. Elle allait être servie. Servie l’écrivaine. Servie à mort. Louis Ferdinand, si tu nous regardes. »

Né de l’amitié entre Zélie, alias Zouzou du 93 et Angel, L’orage ou la flûte, Le blablablog.com nous plonge dans les aventures de deux adolescentes de la banlieue parisienne. Zouzou, devenue Top model « malgré elle », fait ses premiers pas à New York, tandis que sa copine Angel restée dans la « téci » se lance dans l’écriture d’un roman, qu’elle rédige jour après jour dans la salle enfumée d’un café. Ce qui lie ces deux-là, c’est un certain humour slamé, un besoin de tendresse quotidien, des rêves plein la tête, des baskets trouées et aussi une même passion pour l’écrivain Céline.

L’effet blog est immédiat. Le lecteur, constamment sollicité est invité à entrer dans l’intimité des personnages. L’addiction fait son oeuvre. Ce roman d’un nouveau genre séduit aussi bien les adeptes de littérature que les fans de

Sex and the city.

Les générations MSN, Facebook, SMS ne lisent plus dîtes-vous ? En tout cas, elles écrivent. Et cette écriture différente, désireuse de dialogue, traversée par le métissage culturel, rend ce livre profondément attachant.

 

Éditions Le Manuscrit

www.manuscrit.com

 
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Eh, c'est pas la classe, ça? Passer à Qui veut gagner des millions !
Francis Lalanne, qui est tombé sur ce questionnaire, l'a trouvé difficile...
ben c'est sûr, faut avoir lu l'Orage pour y répondre ! 
 
 
 
April 04

Leo dans son monde (2)

 
         LEO DECROCHE LA LUNE (suite et fin)

 

  8) Ext. Dans la ville endormie

Léo déambule le long des quais de la Sarthe avec dans les bras son croissant lunaire. Il le tient à la verticale afin que la lune puisse regarder dans la même direction que lui. Il se retourne plusieurs fois pour vérifier qu’il n’est pas suivi.

            Lune : Ou allons nous Léo ?

            Léo : Je n’en sais rien. Je suis un fugitif maintenant.

            Lune : Je suis désolée, je sais que tout ça est arrivé par ma faute. Remet moi ou tu m’as trouvé, et tu seras tranquille.

            Léo : Pas tout de suite. Vous rêviez de voir tout ça d’en bas. Vous n’avez encore rien vu ! Moi non plus… Le Taj Maha, les Pyramides de Gizeh, la Grande Muraille que vous apercevez de là haut, raconte t’on

            Lune : Oh, avec peine maintenant. Ma vue baisse avec l’âge.

            Léo (rêvant) On fera du stop, on montera en clandestins à bord des bateaux ! La grande aventure !

            Lune : On arrivera à tout voir cette nuit ?

            Léo : Non, mais rien ne presse !

            Lune : Léo, quand se lèvera le jour, je disparaîtrai !

            Léo s’arrête de marcher, réfléchit au problème.

            Léo : C’est pas grave, vous réapparaîtrez la nuit prochaine ! Je n’aurai qu’à lever la tête.

            Lune : Peut être qu’il te sera plus dur de me décrocher. Les hommes, dès qu’ils me verront revenue, s’empresseront de me sceller au ciel pour que jamais plus on ne puisse me voler ! Ou que je puisse m’échapper ! Je leur appartiens !

            Léo (toujours positif) Et bien, s’il le faut, j’embaucherai des perceurs de coffre !

            Pendant ce temps, une bande d’affreux jojos, au crâne rasé et en pantalon baggy, marche à la rencontre du promeneur isolé. Léo les repère un peu trop tard. Il passe en revue plusieurs stratégies d’évitement avant d’opter pour rester naturel en cachant le croissant de lune sous son pull. Le bas du croissant dépasse de son vêtement. Le chef de bande, en arrivant le premier vers lui, se met à lui parler comme à un enfant.

            Chef : Ben qu’est ce qu’y fait dehors à cette heure? C’est maman qui va pas être contente ! Oh, maman elle va le gronder !

            Léo passe devant lui en l’ignorant.

            Chef : Oh, du gland, t’as une langue ?... Et c’est quoi qu’tu planques sous ton pull qui brille comme ça ?

            Léo accélère le pas. Un loubard lui barre la route. Il se retrouve encerclé par les trois de la clique. Le chef soulève de force son pull. Le jeune homme plaque ses deux mains contre son trésor.

            Chef (avec une teinte d’admiration dans la voix) Eh, regardez ça ! Il a taxé la lune !

            Un loubard : Oh, c’est vilain, ça, de voler!

            Chef : Et ou tu comptes aller avec elle ?

            Léo (mentant) J’allais la rendre !

            Chef (à sa bande) Vous entendez ça, il va la rendre!

            Eclat de rire général.

            Un loubard : Il va nous la rendre à nous ! On peut se faire un max de tune en la revendant!

            Chef : Ouais, va falloir qu’ils crachent pour la récupérer entière !

            Léo  perce le cercle par surprise, et s’enfuit comme un dératé.

            Chef : Rattrapez le !

            Léo court aussi vite qu’il peut sur les quais déserts, mais sait que tôt ou tard il sera rattrapé par ses poursuivants.

            Léo (à sa protégée) Vous flottez ?

            Lune : Comment veux-tu que je le sache ?

            Alors il tente le tout pour le tout, fonce vers le parapet de la berge qu’il escalade.

            Chef (qui court derrière sa bande de bras cassés) L’enfoiré, il va pas se suicider !

            Léo baisse les yeux vers la rivière dont les eaux scintillent sous la lumière des lampadaires, jette un œil en direction des loubards qui l’ont presque rejoint, ferme les yeux et plonge.

            Un loubard (en arrivant à hauteur du parapet) Ah non alors, il a pas le droit ! (gueulant) Egoïste !

            Le reste de la bande arrive et scrute les eaux. Moment de suspense insoutenable. Puis on voit des remous et une lueur remonter vers la surface. La lune émerge. Léo réapparaît à quelques mètres. Il la rejoint à la nage et se hisse sur elle..

Chef des loubards : Hé ! Ramène toi un peu ici !

Léo rame avec ses bras pour s’éloigner de la berge. Il n’entend bientôt plus les vociférations des trois voyous.

 

9)         Ext. Sur la rivière.

            Plan large. Un point lumineux sur la rivière.

            Plan rapproché, Léo est allongé à plat ventre sur son esquif. Il se remet de ses émotions.

            Lune (d’une voix nasillarde) ‘eo, ‘u m’écrases ‘e ‘ez !

            Léo (à la masse) Hein ?

            Lune (plus fort) ‘u m’écrases ‘e ‘ez !

            Il comprend alors qu’il est assis sur son nez. Il se recule, s’asseyant juste sur sa bouche.

            Lune (muselée) Mmmmm !

            Léo (comprenant) Ah, désolé encore…

            Il prend place sur son front, s’agrippe à la corne lunaire comme au bastingage d’un navire. Il grelotte encore un peu.

            Lune : As-tu toujours froid ?

            Léo :  Moins … Vous  me réchauffez… Mieux que mille couvertures !

            Ils dérivent tout les deux en silence.

            Léo (regardant en hauteur) Ca me fait drôle de lever les yeux au ciel et de ne pas vous y voir. Il paraît vide. On pourrait voir des milliers d’étoiles, il semblerait tout aussi vide.

            Lune : Dis toi que c’est comme ces nuits nuageuses, où je reste invisible.

            Léo : C’est pas pareil… Je sais que vous êtes là, quelque part derrière. Il suffit d’un peu de vent, et on vous voit surgir de derrière un nuage… Vous dévoilant complètement ou n’offrant qu’une parcelle de vous… Jouant à cache à cache avec nous.

            Lune : Je suis là, Léo! Je suis mouillée mais je me sens bien cette nuit .

            Léo : A l’heure qu’il est, les hommes doivent s’affoler de ne plus vous voir. Ils n’ont plus de repère. Vous les avez toujours accompagné. Vous n’avez rien raté, ni leurs premiers pas, ni leurs faux pas.

            Lune (soupirant) Oh, crois moi, il y a bien des fois où j’ai préféré fermé les yeux. !

            Léo (continuant) Et voilà que ce soir, vous n’êtes plus là… Ceux qui dorment n’en sauront rien.

            Lune : Je fais tellement partie des meubles, qu’ils ne lèvent même plus les yeux vers moi. Mais un meuble qu’on enlève, ça se remarque tout de suite, surtout s’il est le seul de cette taille là dans le ciel !

            Léo entend des sanglots provenir de sa droite. Il met cap vers la berge en s’orientant au son, en ramant avec ses bras. Plus bas en aval, il repère une silhouette assise en haut d’un escalier qui descend vers la rivière. Il accoste au bas de l’escalier, monte les marches,

 

10) Ext. En haut de l’escalier. Une jeune femme est assise, dans un état de tristesse désolant. Elle est prostrée, ses longs cheveux blonds cachent son visage qu’elle a enfoui contre ses genoux repliés contre son corps. Elle n’a pas entendu arriver Léo qui hésite à l’interpeller avant de se décider finalement.

            Léo : Bonsoir.

            Elle sursaute de surprise.

            Léo : N’ayez pas peur. J’étais en train de naviguer quand j’ai entendu pleurer…

            Elle (crachant) Et alors on peut plus chialer tranquille ?

            Le ton de la nana fait l’effet d’une douche froide sur le jeune homme.

            Léo (en pivotant sur ses talons, sur un ton froid) Excusez moi, au revoir mademoiselle.

            La fille le rappelle au bout de quelques secondes.

            Elle : C’est moi qui m’excuse… Je suis désolée. Je suis à bout.

            Léo se retourne, la regarde quelques instants en silence.

            Elle (poursuivant) Quand tout s’écroule autour de vous…

            La fille a les yeux rougis par les larmes. Les carreaux de ses lunettes sont embués. Elle les ôte pour les essuyer, en reniflant. Son visage est rond comme la lune, très joli. Léo remonte les marches.

            Elle : Ou vous avez garée votre péniche ?

            Léo (interrogatif) Ma péniche ?... Ah oui, ma péniche !

            Il se retourne, regarde vers le bas de l’escalier. Il n’aperçoit plus la lune. Il descend les marches à toute allure. Le courant faible n’a pas entraîné très loin son bateau. Celui-ci a reculé le long de la façade de l’escalier en pierre. En se penchant en avant, il parvient à la ramener jusqu’à lui. Il secoue le croissant de lune sans délicatesse.

            Lune (protestant) Pourquoi tu me secoues comme ça !

            Léo : Je vous égoutte !

            Lune : Pose moi, je vais avoir la gerbe!

            Il remonte l’escalier avec la lune. Il tend le croissant à la jeune fille, éberluée.

            Léo : Ca n’effacera pas votre peine, mais j’ai pensé que ça vous ferait plaisir.

            Elle (n’en croit pas ses yeux) La lune !... (à Léo) Vous êtes le premier qui me l’apporte sans me l’avoir jamais promise!

            Léo : Je préfère ne rien promettre que de faire des promesses en l’air… La seule promesse en l’air que j’ai faite c’était dans un avion, pour un baptême aérien. J’ai dit au pilote : « je vous promet que je vais vomir ! » Et j’ai vomi.

            La fille a un sourire.

            Elle : C’est le plus beau cadeau qu’on m’ait jamais fait !

            Léo sourit, tout fier.

            Elle : Mais je peux pas l’accepter.

            Léo fait une moue de déception.

            Léo : Ah? Pourquoi ?

            Elle : Elle n’appartient qu’au ciel. Il faut la lui rendre.

            Léo hésite.

            Lune : Elle a raison, Léo. Il est temps pour moi de regagner ma place.

            Léo : Et notre tour du monde alors ?

            Lune : Monte me voir et nous en ferons un, de là haut. En 28 jours, on peut en voir des choses !

            La fille jette à Léo un regard estomaqué.

             - Elle parle !

            Léo (tout retourné) Alors tu peux l’entendre toi aussi ?

            Lune (intervenant) Seuls les esprits lunaires le peuvent.

            Elle (avouant dans un demi sourire) C’est vrai que je suis parfois tête en l’air! Toi pareil?

            Léo : M’en parle pas…

            Ils se regardent en rougissant un peu.

            Léo : Je vais raccrocher madame la lune. Tu veux m’accompagner ?

            Elle fait oui de la tête. Ils partent tous les deux, ou plutôt tous les trois. On les voit s’éloigner sur les quais.

            Elle : Madame la lune, est-ce que les étoiles te paraissent plus grosses d’où tu es ?

            Lune : Oh, non, elles sont encore très loin ! Mais quelque fois, des étoiles filantes passent à côté de moi.

            Elle : Qu’est –ce qu’elles te disent ?

            Lune : Rien. Elles n’ont jamais le temps de discuter, elles sont toujours pressées.

            Elle : Se presser… Quelle drôle d’idée.

 

11) Ext. Sur le haut de l’immeuble de Léo. Près de la cheminée.

            Le jeune homme sert son croissant de lune fort contre lui.

            Léo (ému) Tu es prête ?

            Lune : Oui je le suis.

            Léo : Tu seras là demain soir ?

            Lune : Comme tous les soirs.

            Léo : Et tu me parleras ?

            Lune : Je ne peux pas te promettre. Sois sûr en revanche que je t’écouterai aussi longtemps que tu en auras besoin.

            Léo (chuchotant à l’oreille de la lune) La jeune fille là, a besoin aussi que tu l’écoutes.

            Lune : Elle a besoin que toi, tu l’écoutes. Crois moi.

            Sur ce, notre Pierrot lance le croissant dans le ciel comme un boomerang.          Sauf que ce boomerang là ne lui revient pas, et se colle contre le firmament étoilé, comme ventousé contre un carreau. Le croissant redevient pleine lune en quelques instants. Une pleine lune sans visage, avec ses tâches sombres. Léo reste à la regarder puis redescend sur Terre. Il rejoint sa copine assise en haut de la cheminée. Il se hisse à son tour sur la cheminée.

            Elle : Merci… Tu sais, je me sens mieux maintenant. Beaucoup mieux.

            Léo : On ne s’est toujours pas présenté. Moi c’est Léo et toi?

            Elle : Claire… Claire Delune.

           

 

                          

FIN

 

 

 

De deux choses lune, l’autre c’est le soleil (Prévert)

 

Quand le sage pointe la lune du doigt, l’idiot regarde le doigt (Lao Tseu)

 
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Nico

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Ma devise: "Les risques que je prends à ne pas en courir sont souvent les plus grands." ...

J'aime regarder en l'air quand tout le monde regarde par terre, j'aime sourire aux filles même si elles ne me voient pas.